Si à tous les classements, le N°1 était aussi incontestable, ce serait bien moins long à établir...Car celui ci a simplement marqué le cyclisme a tout jamais.....
"On a dépassé ce jour la tout ce que l'on avait déja vécu en douleurs, en souffrances et en difficultés..Lancer des hommes en pleine montagne sous la neige en tenue de cycliste est quelque chose d'anormal, mais la c'était vraiment démentiel...Athlétiquement, il s'agit du plus grand exploit qu'il m'est été donné de voir. Gaul est simplement surhumain, et le fait qu'il en sorte vivant est un miracle " (J.Goddet Directeur du tour de France)
Comment décrire l'indescriptible ?...Comment raconter l'irracontable ?....Au gré des 4000 à 4500 articles, récits, et autre témoignages de " ce qui s'est passé ce jour la" et qui ont parsemé les années, rien semble t-il, hormis ceux " qui etaient la pour le voir", n'ont pu conter ce jour maudit...
"Charly n'est pas un homme, mais un etre surnaturel, perdu dans notre époque" (Louison Bobet)
"l'Atmosphére relevait simplement de l'insensé : les gens étaient tétanisés, par le gel et par ce qu'ils voyaient- les trattorias marchaient a plein, chariant des boissons chaudes, au milieu des blocs de glace qui s'écoulaient sur la route..Je l'ai vu passer, l'un de ses deux yeux était fermé, Gaul allait mourir , c'est certain, il ne pourrait aller tout en haut..Son suivant, Fiorenzo Magni, tenait son guidon d'une main, l'épaule fracturée, et semblait pleurer sur son vélo..Nous étions bel et bien en enfer " ( Article Giro)
Si tout a été écrit sur ce jour de Juin 1956, rien en fait n'a réellement été dit.... est ce parce qu'aucun mot ne peut le traduire exactement ?.... sans doute
Il est vrai que Charly Gaul, comme l'as dit Bobet et des tas d'autres, des centaines de milliers d'autres en fait, relevait plutot de " la créature d'un autre monde" : l'air triste, au visage d'ange, d'ou semblait émerger une insondable mélancolie, ce gringalet, sur un vélo devenait en certains jours - liés surtout aux conditions métérologiques- une sorte de démon dépassant les limites de l'extraordinaire...et ca tombe bien : en ce 8 juin 1956, l'une des dernières étapes du giro va se courir, la 18eme, ou a 3 jours de l'arrivée il va falloir affronter le terrible Monte Bondone...ce dernier, déja assez terrifiant de coutume, dresse cette fois sa masse sombre et lugubre dans un ciel d'encre : l'orage s'abat d'entrée sur la course, le froid aussi, jusqu'a tomber à zero degrés.... mais cela n'est rien a coté de ce qui attends les 112 coureurs au départ..
de son coté, Gaul, a 23 ans, a déja fait parler de lui : inconstant, détestant la chaleur, il a par contre sous la pluie réalisé de sacrés exploits en montagne, grimpeur fabuleux, mais bien trop irrégulier pour pouvoir gagner un grand tour.
C'est ainsi qu'en ce début d'été ou le Giro 1956 brille de mille feux, il est totalement largué au général, 24eme a plus de 16 mn, il se lève péniblement, à l'aube de cette 18eme étape, et, mettant le nez à la fenêtre y voit une pluie s'abattre au sol, de plus en plus vigoureuse..Elle lui arrache un de ses rare sourire...Il va voir alors son directeur sportif, et lui dit : aujourd'hui je vais les tuer !"
Pensant que son coureur parle de victoire d'étape, ce dernier l'encourage, d'autant plus que le parcours lui convient à merveille : le terrible Monte Bondone dresse sa masse "noire foncée" au sommet duquel sera jugée l'arrivée, à près de 2000 M d'altitude et après 3 cols à passer..... mais la météo devient, alors que l'on s'approche de plus en plus de la terrible montée, apocalyptique : la température a chutée jusqu'à tomber à zéro, et l'on annonce..La neige qui arrive par bourrasques, monstrueuses, glaciales...
16 kms de montée la dedans parait impossible, mais Gaul démarre de suite, de son allure sautillante, se jouant de conditions absolument dantesque, on ne voit plus ses roues, plongées dans une rivière de neige, alors qu'a mi col la température atteint.... les - 9°!.... derrière c'est une inimaginable procession avec des coureurs n'avancant même plus à 10 a l'heure, le régional Monti lui, est repeché au fond d'un ravin, incapable de prononcer le moindre mot, le maillot rose Pasquale Fornara s'écroule sur la route, gisant tel un cadavre, inerte, quasiment surgelé.... poursuivis par des fans incroyablement nombreux, et sacrément courageux, encapuchonnés comme pour aller au pôle nord, les coureurs s'écroulent, uns a uns....
Le givre fait à son tour son apparition, la situation devient insupportable, des blocs de glace (!) dévalent, ruisselants, sur la route, les écarts deviennent énormes, de même que les abandons qui se chiffrent à ..42 en 10 kms..
Mais meme Gaul ne peut survivre à l'enfer : en réel danger pour sa vie, il ne peut plus tenir son guidon, s'arrete a 5 km du sommet, le visage bleui, inutile combat contre des éléments déchainés, et rentre dans une trattoria, hébété, livide, gelé....
Cependant un soigneur le réconforte et le trempe dans une bassine d'eau chaude...5mn plus tard gaul est revenu à la vie... ses adversaires sont en déroute : lui, remonte timidement sur son vélo et retrouve comme instantanément sa pédalée furieuse au milieu de ce " temps du diable"...
Il parvient au sommet au sprint, plus mort que vif, comme pétrifié, offrant un spectacle surnaturel d'un homme grimpant a 20 a l'heure, par moins 11°, sans gants- perdus dans la bataille-, ses doigts ne répondent plus, il faut l'arrêter après la ligne franchie, comme soudé à son vélo...On devra lui découper, une fois a l'hotel, son maillot avec des ciseaux, maillot littéralement collé à la peau.....Il a gagné le Giro en 15 kms, le second est à 8 mn, le troisième à 11 mn, les autres arrivent à 20...Ou ont abandonné...
Tous les témoins de l'époque, écriront qu'ils ont assisté la à quelque chose d'irréel, ceux qui avaient des appareils photo mitraille à tout va " sinon on ne me croira pas" disaient ils...Peu de temps après, le docteur du giro avouera que le Luxembourgeois, avec 5 à 10 mn d'efforts en plus dans cet enfer, y aurait laissé sa vie..l'ayant fait entendre a Gaul, celui ci répondit : "pire que ca, j'aurai perdu le Giro..." Ces gens la sont simplement dotés d'un orgueil et d'un égo défiant toute logique humaine"..
2 Ans plus tard, sur le tour de France 1958, considéré comme la plus grande édition de l'histoire, la bataille fait rage pour l'attribution du titre supréme : Anquetil, Géminiani, Rivière, Nencini, Favero, Bobet, Bahamontés s'entre déchires 15 jours durant, prenant tour a tour les rénes de l'épreuve quand à 3 jours de l'arrivée, pointé a 21 mn au général, il ne reste qu'une étape de montagne, celle de la Chartreuse, Gaul a des envies de meurtre : parti sous l'orage dés le premier col d'une étape qui en compte 5, il élimine uns a uns tout ceux qui aurait l'outrecuidance de le suivre...
Le dernier en question l'espagnol Bahamontés- l'un de ses rares amis ds le peloton- doit capituler a son tour dans le luitel, muraille au dessus de Grenoble, alors qu'un veritable ouragan s'abat sur les Alpes : on y voit plus rien, les voitures suiveuses se trompent de route, et les autres s'accrochent pour ne pas perdre définitivement pied..
.Pas lui, qui sautille sur ses petits développements, augmentant sans cesse son allure...Anquetil manque d'y laisser sa vie, : atteint d'une congestion pulmonaire il crache le sang et termine à ..19Mn ..Bobet à 23, les meilleurs à 15Mn... Ainsi, ce coureur au regard de Buster Keaton, renverse ,en une étape et 7 heures d'un combat insensé, le tour de France, qu'il gagne ..En 5 cols..Sous la tempête...
« C'était un grimpeur assassin, toujours le même rythme soutenu, une petite mécanique avec deux dents de moins que les autres et une vitesse de jambes qui nous écœurait, tac à tac, tac à tac »(Raphael Géminiani).
Le journaliste Pierre About écrit que Gaul doté d'une « allégresse irrésistible » avait l'air « d'un ange pour qui rien n'est difficile »
L'écrivain Jan Heine raconte : « Personne d'autre n'a jamais grimpé aussi vite. Gaul dominait les ascensions à la fin des années 1950, filant sur les cols à des cadences étonnantes. ». Pierre Chany le considère « sans aucun doute, comme l'un des trois ou quatre meilleurs grimpeurs de tous les temps, et le meilleur lorsque la température était basse, lui qui detestait la chaleur. »
"Gaul il ne fallait pas le suivre, surtout pas, mais régler son allure, et surtout pas sur la sienne..Tout ceux qui ont essayés ont du arreter leur carrière bien trop jeune" (J.Anquetil)
" Il n'était pas comme les autres : bien moins régulier que Bahamontés, mais beaucoup plus imprévisible : il ne se contentait pas d'accélerer, mais, largué par ses soins il ralentissait, attendait que l'on recolle à ses roues, puis d'un regard meurtrier vous en "remettait une" ...Gaul ne vous dominait pas : il vous torturait en fait" (Antoine Blondin)